BLACK POWER

C’est en 1967 qu’est publié Black Power: The politics of liberation, livre socle du mouvement pour les droits civiques. L’expression « Black Power » est co-inventée par Stockely Carmichael et Charles V Hamilton. Carmichael est un militant noir américain, leader du Comité de coordination des étudiants non violents, membre du Black Panter Party ; Hamilton est politologue. L’expression fera florès. Le Black Power de Sophie Rosement, journaliste free-lance collaboratrice notamment de Rolling Stone et des Inrocks, célèbre « l’avènement de la Pop culture noire américaine des années 50 à aujourd’hui.» Mais d’ajouter : ce n’est pas « un essai historique, politique ou sociétal. Il ne s’agit pas non plus d’une encyclopédie…» Alors quoi? A défaut de le démontrer, puisque telle n’est pas son intention, il permet de prendre la mesure du soft power dans la conversion des idées et de l’opinion. Sans avoir à dresser un inventaire exhaustif, nul ne contestera que James Brown, Aretha Franklin…, Toni Morrison, Alice Walker…, Pam Grier, Sydney Poitier…, Norman Lewis, Jean-Michel Basquiat, Oprah Winfrey… ont pris leur part dans le combat pour les droits des noirs américains. « Mon objectif, dit l’auteure, est d’ouvrir une multitude d’entrées sur des parcours hors normes. » Ainsi, dans une chronologie qui court des années 50 à nos jours, balaye-t-elle un spectre large de la culture embrassant donc, musique, peinture, littérature, photo et cinéma. Sans s’affranchir réellement du politique, très présent dans une iconographie aussi abondante que séduisante. Il est indissociable de cette lutte, toujours d’actualité -Black Lives Matter- dans une démocratie vacillante qui, près de soixante ans après les lois anti antiségrégationnistes, reste engluée dans un violent séparatisme dont le trumpisme est le dernier avatar.

GM Editions

BLACK POWER

MATT BERNINGER, SERPENTINE PRISON

En dehors de quelques dispositions logorrhéiques, où peut donc bien aller se nicher la pulsion créatrice de Matt Berninger ? Pour ce premier album solo du National en chef, Laura Barton (The Indepedent, ndlr) formule une hypothèse freudienne. Elle rapporte que la veille de Noël, jour anniversaire de son père, Berninger s’est violemment disputé avec lui, l’accablant d’une litanie de reproches, pour l’essentiel injustifiés. Cette sévère chacaillerie aurait engendré les chansons de ce disque en autonomie. Si Berninger fils ne nie pas la vigueur de l’échange, son argument, très corporate, est tout autre. Dans un pays tourneboulé par le « gouvernement Trump [qui lui] fait profondément honte », il aime à re-goûter à sa madeleine de Proust, Stardust de Willie Nelson (1978), album produit par Booker T. Jones, auteur des standards Green onions/Soul Limbo/Melting pot… et d’une kyrielle de tubes du catalogue Stax. Il est, poursuit-il, « l’un des disques préférés de mes parents… Chaque fois que je l’écoute, je trouve du réconfort, j’ai le sentiment que tout va bien. Je me sens juste en sécurité. » Selon l’auteur, Serpentine prison serait donc né du souvenir heureux et rassurant d’une parenthèse musicale en famille… Berninger avait fait la connaissance de Booker T. lorsque, sollicité par le claviériste pour son album The road from Menphis (2011), il l’avait rejoint pour lui prêter main forte. Il ferait donc son affaire, « quelque chose dans le genre Stardust », avec lui. Initialement, il envisageait un album de reprises. Mais Booker T., séduit par les propres compositions de Berninger, l’a invité à renoncer à sa première intention, lui suggérant de remettre son ouvrage sur le métier. Sans pour autant le convertir radicalement au Memphis Sound. La couleur sonore de Serpentine Prison reste en effet dans la gamme des albums de The National, mid tempo soyeux, la tessiture de la voix et la permanence du tourment amoureux pour signature inchangée. Comme toujours avec Berninger des moments de grâce, rehaussés par la Booker T touch, One more second, Collar of your shirt, Silver springs en duo avec Gail Ann Dorsey (bassiste au long cours de Bowie, vue aussi sur scène à la Cité de la musique avec Christophe Bevilacqua), Oh dearie, All for nothing… Un chapelet nacré de mélodies sensibles ourlées d’arrangements riches mais tout en retenue. A dire vrai, on n’en attendait pas moins de cet attelage intergénérationnel, mais on n’en espérait pas tant. En mettant à nouveau The National à distance, Matt Berninger réussit encore un coup gagnant.

Un disque Book records/Caroline

Distant Axis V1, en studio
Distant Axis V2, Live
Distant Axis V3, unplugged

MATT BERNINGER, SERPENTINE PRISON

RIM: LA COMPIL ROCK NOUVELLE AQUITAINE AUTOMNE 2020

A Bordeaux, Limoges ou Poitiers, ces labels sont le cœur battant du rock en Nouvelle Aquitaine. Du Space rock de Slift à la Folk d’Elysian Fields, sous influence Anna Calvi et Radiohead, cette nouvelle compilation déplie en treize titres les talents d’une province qui a de la feuille. A télécharger librement sur musiquena.org

RIM: LA COMPIL ROCK NOUVELLE AQUITAINE AUTOMNE 2020

L.A.WITCH, PLAY WITH FIRE

« Jouer avec le feu est un moyen de faire bouger les choses » : cette punchline de Sade Sanchez -chant, guitare- est son nouveau credo pour aller de l’avant : « ne craignez pas les erreurs, tentez votre chance, dites et faites ce que vous ressentez, même si les autres ne sont pas d’accord. Cela m’a arrêtée trop souvent ». Alors Play with fire, deuxième album du trio Angeleno, et Fire starter pour lancer les choses qui bougent, qui bougent vraiment ! L’invitation ne peut être plus explicite. Donc deux mois de travaux forcés, « le propre du travail » selon Emile-Auguste Chartier, philosophe-journaliste-essayiste clairvoyant sous pseudo Alain, pour neuf titres. Vite fait, bien fait : « Nous étions dans un calendrier assez serré, nous voulions sortir cet album en 2020, poursuit Sade Sanchez, alors le processus de création fut une affaire de volonté ». De son propre aveu, cette contraction du temps a donné quelque chose de plus cohérent que le premier album, L.A.Witch, conçu dans la durée : « je pense que cet enregistrement est définitivement plus homogène en ce qui concerne le thème et l’écriture des chansons. C’est une énorme différence que vous pouvez entendre ». Soit un garage rock compact pour porter témoignage de la marche du monde : « l’actualité, ce qui se passait, a été une inspiration majeure pour ce disque… Nous avons un nouveau président et il y a beaucoup de préoccupations sociales exprimées dans cet album. Le premier c’était essentiellement des chansons d’amour, ses désillusions, ce que je vivais à l’époque (2017) ». Travail dans l’écriture des chansons, travail aussi en studio sous la férule de Nic Jodoin : « sur scène, je joue à l’instinct, vite et fort ; tout est question de feeling, d’énergie, de connexions avec le public ». En studio il faut dépasser la doctrine punk : « j’ai vraiment du mal avec ça mais Nic nous rappelle à l’ordre ». A l’ordre peut-être, mais avec mesure. Play with fire est un condensé punchy porté par la rythmique d’airain du tandem Irita Pai (basse) – Ellie English (batterie) et par la voix puissante et pleine de morgue de l’impeccable Sade Sanchez. Carton plein.

Un disque Suicide Squeeze/Modulor, chronique octobre 2020

I wanna lose, en studio
I wanna lose, sur scène

L.A.WITCH, PLAY WITH FIRE

JARV IS…, BEYOND THE PALE

Avec Chilly Gonzalez, Jarvis Branson Cocker s’était sérieusement assoupi dans la Chambre 29. Beyond the pale sonne l’heure du réveil. En fanfare. Ou presque, n’était Save the whale, le titre d’ouverture, du Léonard Cohen déprimé sous tranxène. Puis rupture radicale, tous sur la piste : « La danse est quelque chose qui peut vous permettre de vous évader. Lorsque vous dansez, vous vous laissez aller, vous ne réfléchissez plus. C’est un très bon moyen d’oublier ses problèmes. Le corps prend le pas sur l’esprit » explique-t-il à Shaun Curran, ajoutant avec une louche d’autodérision, « en plus on fait de l’exercice. » Jarvis Cocker MC clubbing, qui l’eut dit ? « J’ai fait une grande partie de mon éducation dans les boîtes de nuit », dans les pas de sa petite sœur mineure, éclaireuse précoce. « J’ai traîné dans les clubs jusqu’à la trentaine. J’en ai gardé quelque chose et c’est probablement ce qui fait surface dans ce disque .» Mais pas que ; Beyond the pale est aussi un spécimen de rock participatif : «ce qui m’excitait avec cet album, c’était de jouer des chansons en direct et de les finir en public ». Soit une co-construction amorcée fin 2017 au Nordur og Nidur, le festival des Islandais de Sigur Rós. Sous l’impulsion de Geoff Barrow, quelques overdubs de studio feront de l’enregistrement d’une série de concerts donnés pour le seul plaisir de la scène et celui du feed-back du public, un disque abouti. Ni pogo ni trance mais des refrains pop, « notre commun » qui dit-il, « tels Night Fever des Bee Gees ou Dancing Queen d’Abba  embarque  enfants et personnes âgées ». Intergénérationnel, rassembleur et collaboratif, tout le französisch zeitgeist !

Un disque Rough Trade Records, chronique septembre 2020

JARV IS…, BEYOND THE PALE

NEIL YOUNG, HOMEGROWN

Ainsi le vrai faux nouvel album de Neil Young serait une tuerie !? Ressassant sa nostalgie, la gérontocratie de la critique rock le dispute à ses homologues adulescents qui semblent découvrir l’eau tiède, l’extase comme pont intergénérationnel. Certes, le propos, souvent élégant, alerte et documenté, fait mouche. Mais le disque ? Il résiste mal à l’écoute ou, plus précisément, au temps. Car il s’agit bien d’une antiquité, presque cinquante ans d’âge. Rabouter actualité et passé, fut-ce de l’un des monuments du rock vingtième et post vingtième, ne modifie en rien la haute considération dont jouit l’auteur. Superflu donc. A l’exhumation on préférera toujours l’inédit et sa prise de risques, l’engagement au présent dans son siècle, qu’en l’espèce même l’âge ne parvient pas à émousser. En fait, Homegrown (1975), enregistré pour complaire à Reprise records qui souhaitait rester sur les cimes d’Harvest (1973), ne démérite en rien. Mais il reste au camp de base, déjà vu. Et si finalement là était la raison seule et unique pour laquelle Neil Young, perfectionniste insatiable, le gardait dans les cartons? Répertoire connu, musicalement très exactement dans l’entre deux HarvestOn the beach (1974, un autre sommet enregistré avant Homegrown) : de jolies ballades country-rock (Separate waysLove is a rose KansasWhite line– Little wing…), deux échappées belles l’une hard-blues (We don’t smoke it no more) l’autre rock (Vacancy) et, totale incongruité, un long bavardage onirique (Florida). En somme, un disque qui n’ajoute rien au répertoire du néo-américain. Mais qui, publié aujourd’hui, concomitamment au nouveau Dylan, joue remarquablement avec la mélancolie du temps qui fuit. Pour les fans absolus, les collectionneurs exégètes et les potiniers qui écouteront avec délectation la longue complainte élégiaque de l’auteur pleurant son amour perdu, l’actrice doublement Golden globisée Carrie Louise Snodgress.

Un disque Reprise, chronique septembre 2020

NEIL YOUNG, HOMEGROWN

JARV IS… Live From The Center of the Earth

Quelques jours après la sortie de Beyond The Pale, le nouvel album de Jarv is, aka Jarvis Coker, le groupe annonce une session live gratuite demain 21 juillet à 21H00 sur Youtube. Filmé à Peak Cavern, une salle située dans une grotte du Derbyshire au Royaume-Uni, la performance referme un cycle, puisque deux des titres de l’album (Must I Evolve et Sometimes I am Pharaoh) y ont été enregistrés en 2018. Le concert a été filmé et réalisé par Iain Forsyth et Jane Pollard, à la manœuvre en 2014 pour le documentaire  20,000 Days on Earth de Nick Cave.

JARV IS… Live From The Center of the Earth

RICKY LEE JONES : LE LIVE COVID 19

Capture

Au printemps 2019, Ricky Lee Jones proposait Kicks, un album de reprises en 10 titres, agréable à l’écoute (lire chronique 13 Juin 2019). Devait suivre une tournée US, tournée terrassée par la Covid 19. L’aurait-on vue sur scène en Europe, nul ne le sait ? A défaut, consolons nous ce soir à 19h00, avec un Live Facebook, piano-guitare-chant agrémenté d’extraits de son autobiographie à paraître. Confinée à la maison, un p’tit geste de soutien sur son compte Paypal (http://paypal.me/RickieLeeJones) sera bon pour le moral et lui permettra d’attendre une vraie rencontre envisagée à l’automne prochain. 15 dates annoncées, aux USA, rien en Europe… pour le moment.

RICKY LEE JONES : LE LIVE COVID 19

JARV IS… HOUSE MUSIC ALL NIGHT LONG

Où en étions nous ?

Nous en étions resté, sans y être vraiment arrivé, à sa reprise du tube séminal de Christophe (notre Christophe), Aline, en 2020, madeleine de Proust de la BO du nouveau film de Wes Anderson, The french dispatch, sur les écrans le 26 août prochain. Patience.

Auparavant, son RV playlist sur BBC Radio 6 Music, une multitude de piges ciné et collaborations musicales diverses, frenchies très souvent, Further complications en solo, et plus loin encore, Pulp, aujourd’hui passé par pertes et profits.

Come back (baby!) avec Jarv Is (Jarvis Cocker-couteau-suisse – Serafina Steer, harpe, claviers et voix – Emma Smith, violon, guitare voix- Andrew McKinney, basse, voix – Jason Buckle, synthétiseurs, traitement de son – Adam Betts, batterie, percussions, voix –) , et un premier album Beyond the pale annoncé pour le 1 mai. Premier aperçu avec House music all night long.

Toujours classe Jarvis !

JARV IS… HOUSE MUSIC ALL NIGHT LONG

TEMPLES, HOT MOTION

Scan2019-10-23_232426 (2)Être et faire plus anglais que ce troisième album, c’est juste impossible ! Hot Motion est une synthèse en onze temps de la pop et du rock référentiels d’Outre Manche dans l’intervalle 68-75. Glam BB maniéré doublette Bowie-Bolan, insémination psychédélique Syd Barett policée Beatles, métissage classique rock sous influence Moody Blues et John Barry, fulgurances mélodiques Kinksiennes, pompiérisme Queeneur de Mercury… James Edward Bagshaw amorce une verticale millésimée de la swinging Angleterre et de sa queue de comète. Et, zèle perfectionniste, pousse le mimétisme néo-nostalgie dandy bouclé, mannequin John Temple, avec le petit Marc. Mais une fois cet inventaire en forme de Who’s who dressé, toutes ces pièces rassemblées, à quoi ressemble le puzzle ? Trop jeune pour faire de ses glorieux aînés sa madeleine proustienne, JEB construit, crée dans une relecture mélancolico-idéale d’un temps révolu, un ensemble très structuré, cohérent, agréable, mais, revers d’une médaille fleur de coin, par trop contenu, bridé. Quand tout aura été digéré, quand JEB se sera libéré de l’emprise de ses maîtres, affranchi de l’époque héroïque d’une Angleterre triomphante, alors viendra certainement le meilleur des Temples. Patience.

Un disque PIAS, novembre 2019

TEMPLES, HOT MOTION