ARCADE FIRE, WE

S’il est une constante avec laquelle Arcade Fire traverse le temps, de Funeral (2006) à ce septième album We, c’est l’énergie : ça pulse et bouge toujours fort, avec plus ou moins d’emphase. Ici, Nigel Godrich (Deus ex machina de Radiohead) en renfort à la réalisation, c’est plutôt moins. We donc : d’abord un objet, packaging soigné, gros plan sur un regard cyclopéen inquisiteur signé JR, enrichi de quatorze images façon polaroid glissées dans le CD, textes aux versos ; d’un poster à déployer inséré dans le vinyle. We, c’est « l’un de nos mots les plus lourds de sens avec le moins de lettres » déclare Win Butler à M. Assayas, genre « débrouille toi avec ça ». Soit. Autre donnée avérée, We c’est le titre d’un concept album dans lequel le texan philosophe, philosophe… philosophe à loisir pour préciser le sens à donner à son travail et expliciter le mode d’emploi. Ainsi de ce regard borgne : « Il existe un trou noir au centre de notre système solaire, Sagittarius A. Je me suis rendu compte que le trou noir c’est le symbole pour tout un chacun de la nécessité de s’échapper de soi même, de s’échapper du monde, de fuir le pessimisme, l’anxiété générale ; une fois que chacun atteint ce trou noir, il se rend compte que ce trou noir c’est lui-même, c’est son œil à lui, il n’y a rien à fuir. La fuite est inutile ; tout est en nous ». Soit. Le récit, mis en forme en deux ensembles I et We, s’intéresse aux « forces qui menacent de nous séparer des gens que l’on aime, et est inspiré par le besoin urgent de les dépasser ». Un disque volontairement ramassé (7 titres) parce que « cette fois c’était plus stimulant de travailler une forme plus courte ; c’est toujours plus difficile d’élaguer et ce n’est possible qu’avec de l’expérience ; dans cette période qu’on traversait et qu’on vit encore [covid], c’était plus cohérent de travailler avec des restrictions, comment faire avec peu, comment exprimer avec concision ». Et d’ajouter « Moins c’est plus mais parfois plus c’est plus ». S’il le dit… Certes, selon le proverbe « l’œil ne voit rien si l’esprit est distrait ». En s’affranchissant d’une pensée dont l’extime se dissout dans l’universel, juste pour se distraire, rien ne sera mis en péril. Arcade Fire c’est une énergie décoiffante sur scène, canalisée en studio dans un superbe oxymore : tendance rock héroïque-Waterboys (Age of anxiety I, The lightning I II), crescendo lyrique (Age of anxiety II, Unconditional I), ascendance pompier (End of the empire I II III IV) versus -talent fou des producteurs- une infinie subtilité des arrangements et des mélodies entraînanthousiasmantes. Pour point final, une balade U2besque (We). Et puis, le dira-ton jamais assez, Win Butler et Régine Chassagne, tout en puissance et nuances, chantent divinement bien.

Un disque Sony
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